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Donbass : entre Russie et Ukraine, échange de bons procédés

Par Veronika Dorman

Qui perd, qui gagne dans cette entreprise ? Personne et tout le monde, s’accordent les observateurs. «L’échange est équivalent, assure à Libération Tatiana Stanovaya de la plateforme analytique R.Poltik. Et porte un coup aux siloviki [services de sécurité, ndlr] de part et d’autre. Pour la Russie, rendre les marins ukrainiens et Sentsov était une décision très difficile à prendre du point de vue du FSB [dont ces arrestations sont l’œuvre], et pour les services secrets ukrainiens, la livraison de Tsemakh [dont l’arrestation en territoire séparatiste en juin avait représenté une belle réussite] est un choc. Les deux parties ont fait des concessions significatives.»

«Pour Poutine, ça ne change rien, tempère Tatiana Stanovaya. Il sait très bien que tout le monde sait tout. Tout ceci n’est en aucun cas la reconnaissance de quoi que ce soit. C’est un échange égalitaire. D’ailleurs, ni Poutine, ni personne autour de lui ne parle jamais de “prisonniers”.» Le président russe a néanmoins qualifié l’échange «massif» de «bon pas en avant vers une normalisation».

Les deux chefs d’Etat se sont parlé à plusieurs reprises au téléphone durant l’été et les principaux paramètres de l’échange de prisonniers ont été réglés au plus haut niveau. De son côté, Vladimir Poutine est bien prêt à mettre un terme au conflit dans le Donbass, qui empoisonne depuis cinq ans ses relations avec l’Occident, souffle une source diplomatique française. «Ce qui est sous-estimé en Occident, c’est que Poutine ne cherche pas la guerre, abonde Tatiana Stanovaya. Il veut régler le conflit dans le Donbass selon ses propres conditions. Tout le monde est fatigué de la confrontation. Le Donbass coûte cher, pour l’image, pour l’économie, d’un point de vue humanitaire… La Russie n’a pas besoin du Donbass en tant que tel, mais d’un régime légitime prorusse, reconnu par Kiev, avec un statut d’autonomie. Elle a besoin d’instruments internes à l’Ukraine pour bloquer le vecteur atlantiste de Kiev. Voilà le but ultime.»

En attendant, un sommet au format Normandie est prévu à Paris à la fin du mois, et Moscou voit d’un bon œil l’implication active dans le dossier ukrainien d’Emmanuel Macron qui, dans sa démarche d’engagement avec Vladimir Poutine, émerge comme son nouvel interlocuteur européen, alors que l’Allemagne, en pointe sur le conflit depuis 2014, est en retrait ces derniers mois. «Pour Moscou, le changement de rhétorique du président français est le signe que l’Occident commence à devenir raisonnable. La vague antirusse se retire, le bon sens reprend le dessus sur les émotions. La Russie a besoin de quelqu’un en Occident pour expliquer à l’Ukraine qu’il faut respecter les accords de Minsk. Macron peut jouer ce rôle, pense-t-on à Moscou», analyse Stanovaya. Signe de la détermination française à relancer des relations de «confiance et de sécurité» avec la Russie, ce lundi, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et celle des Armées, Florence Parly, rencontrent à Moscou leurs homologues russes Sergueï Lavrov et Sergueï Choïgou pour une réunion du comité consultatif de coopération et de sécurité, pour la première fois depuis l’annexion de la Crimée.

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